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MULHOLLAND DRIVE (2001)

mulholland drive

Mulholland Drive est une route inchangée depuis de nombreuses années. Elle court sur les crêtes des collines de Santa Monica, séparant Hollywood et Santa Monica de ce qu'on appelle la Vallée. Elle ressemble à une route de montagne, et elle traverse parfois des zones résidentielles vraiment étranges, tour à tour riches et pauvres. Une grande partie de cette zone est encore sauvage, on y trouve encore des coyotes, vous savez, comme des chiens sauvages. Il y a beaucoup de mystères et beaucoup d'histoires qui circulent sur Mulholland Drive. Il n'existe pas d'autres routes comme celle-ci à Los Angeles. Quand vous roulez sur Mulholland Drive, vous vous sentez au sommet du monde. C'est comme une arête qui partage la cité en deux. A gauche, en allant vers l'ouest, vous dégringolez sur Hollywood, Beverly Hills et Bel Air, jusqu'à Pacific Palisades, avec, derrière vous, les gratte-ciel de Downtown. A droite, vous tombez dans la vallée de San Fernando, avec sa réalité bien à elle. C'est une route qui est comme figée dans le passé. En grande partie, en tous les cas. Beaucoup d'endroits permettent d'admirer la vallée ou Hollywood en contrebas. Il y fait très sombre, la nuit, et c'est très sinueux. Cette route donne le sentiment d'être imaginaire.

Voici une analyse relativement détaillée du chef-d'oeuvre de David Lynch, une grille de lecture afin de comprendre le puzzle au travers une interprétation possible, sachant qu'il y en a autant qu'il y a de spectateurs. Est-il cependant besoin de rappeler qu'il est tout à fait indispensable de voir l'oeuvre avant de lire ce qui suit, car les nombreux spoilers te gâchera un plaisir certain!

Le cinéaste a dévoilé lors de la sortie du film une série de 10 clés afin de réussir à comprendre son film. Certaines d'entre-elles nous permettent de nous focaliser sur des détails, comme des objets ou des personnages. A lire avant le visionnage et s'y référer pendant le film, ces clés aiguisent notre sens de l'observation et de la réflexion!

LES 10 CLES DE DAVID LYNCH

1. Soyez particulièrement attentif au début du film: au moins deux clés sont révélées avant le générique.

2. Observez bien lorsque l'abat-jour rouge apparaît à l'écran.

3. Parvenez- vous à entendre le titre du film pour lequel Adam Kesher auditionne des actrices? Ce titre est-il mentionné à nouveau?

4. Un accident est une chose terrible... Faites attention à l'endroit où se déroule l'accident.

5. Qui donne la clé bleue et pourquoi?

6. Faites attention à la robe, au cendrier, à la tasse à café.

7. Au club "Silencio", quelque chose est ressenti, on réalise quelque chose, les éléments se rassemblent... Mais quoi?

8. Camilla n'a-t-elle réussi que grâce à son talent?

9. Faites attention aux détails autour de l'homme derrière "Winkies".

10. Où est Tante Ruth?

D'après la première clé de David Lynch, au moins deux indices sont dévoilés avant même le générique du film. Essayons d'analyser. Une première étonnante séquence nous montre des personnes en train de danser, mais sans le moindre décor ni indice temporel (voir image ci dessus). Puis apparaîssent, comme des fantômes, trois personnages sous une pluie d'applaudissements. La jeune femme (Betty) gagne un concours de danse, ce qu'elle révélera plus tard dans le film à la mère d'Adam. La danse l'amènera ensuite, comme un tremplin, à sa plus grande passion, la comédie. Au cours d'une seconde séquence, plus étrange encore, et sans relation apparente, la caméra filme des draps rouges. Et si on tend bien l'oreille, on entend une respiration. C'est celle de Betty, qui dort paisiblement. A partir du générique, tout ce qui va suivre est en fait le rêve de Betty. Un rêve de vie idéale, à l'image de ce qu'elle aurait aimé vivre. Mulholland Drive, l'inquiétante, apparaît, de nuit, un panneau éclairé par les phares d'une voiture. Le mystère commence, la musique de Badalamenti fait froid dans le dos...

Après le générique, un plan montre une femme (Rita) qui est à l'intérieur de la voiture. Qui est-elle? Que fait-elle là? David Lynch amorce le mystère. Elle s'arrête, Rita lance que ce n'est pas l'endroit où elle devait se rendre. Le conducteur la menace d'un révolver et lui ordonne de descendre. Mais la route est sinueuse et un accident se produit, causé par de jeunes chauffards ivres. Rita se relève des décombres, visiblement blessée et étourdie. Elle se dirige alors comme un zombie vers les lumières de Los Angeles et traverse des rues fameuses comme Sunset Boulevard. La cité des anges attire irrésistiblement! Elle exerce un vrai pouvoir de fascination, elle hypnotise, elle illusionne. Nous sommes bien dans un rêve (celui de Betty).

Dan: "I realize what it is, there's a man in back of this place, creating this fear. He's the one that's doing it. I can see him through the wall. I can see his face. I hope that I will never have to see that face ever outside of a dream."

Lynch insère à cet endroit de la bande une séquence détachée de toutes les autres, introduisant de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. On y apprend qu'un homme (Dan) emmène son ami dans un café afin d'exorciser la peur causée par un cauchemar qu'il a fait deux fois de suite. Dans ce rêve, un monstre au visage terrifaint se cache derrière le café. Ils décident d'aller voir si cet homme existe réellement. Et en effet, l'homme surgit soudain et Dan s'écroule, comme foudroyé par sa peur. Cette séquence de rêve éveillé s'emboîte dans la problématique du rêve éveillé hollywoodien. Mais ici il refait surface sous forme de cauchemar. Un cauchemar explicable par le fait que le rêve idyllique peut se retourner en une face plus terrifiante. Cette scène préfigure bien entendu la fin du film. L'homme derrière le Winkie's (qui n'a en fait rien d'un véritable monstre, ce n'est qu'un être humain recouvert de saletés, comme un clochard, quelqu'un qui vit dans les recoins perdus de Los Angeles et qui est dans un cauchemar!) sera celui qui libèrera les hallucinations qui pousseront Betty à se donner la mort...

Entrée en scène de Mr Roque, un nain au milieu d'une grande pièce vide avec des rideaux sur les murs.

Mr Roque: The girl is still missing.

La fille en question est bien Camilla Rhodes (dans le rêve et dans la vraie vie), une actrice que la maffia engage dans un film très attendu à gros budget dont le réalisateur est Adam Kesher. Un plan montre alors le fameux abat-jour rouge, qui est celui de Diane Selwyn. Le téléphone sonne mais personne ne répond... Le mystère continue.

Naomi Watts entre en scène et c'est déjà une caricature! L'actrice débutante rêve (ce qui est le cas) de faire carrière à Los Angeles. En effet, convoquée à des auditions, sa chère Tante Ruth lui prête quelques jours son appartement de luxe, où elle découvre bien évidemment Rita. La blonde (Betty) et la brune (Rita) représentent deux facettes de l'Amérique. Betty est rayonnante, elle mène le jeu, elle recherche son identité, veut devenir quelqu'un de connu, une star. Rita ne fait qu'obéir, elle est le versant négatif, elle est mystérieuse, elle a perdue son identité. Une sorte de dualité schizophrène que l'on retrouve d'ailleurs dans la plupart des oeuvres du génial cinéaste. Et c'est une des caractéristiques du rêve de Betty: elle est celle qui prend les décisions et sur lesquelles reposent les responsabilités, elle est aussi parfaite et idéale.

Une très courte séquence montre les deux personnes qui ont raccompagné Betty hors de l'aéroport. Ils semblent contents de quelque chose mais leur sourire n'est pas naturel. Inquiétante, cette scène très caractéristique du cinéma de Lynch annonce un malheur, comme la voyante plus tard dans le film. Et en effet, ce sont les mêmes personnes, sous forme d'hallucinations (une réminiscence du rêve dans la réalité?) qui pousseront au suicide de Betty. Ils veulent le bonheur dans son rêve au début du film mais son malheur dans la réalité à la fin du film. Ils construisent le rêve hollywoodien et le détruisent dans le même mouvement.

Une superbe scène introduit alors un nouveau personnage: Adam Kesher, le réalisateur pris dans le système hollywoodien et maffieux de Los Angeles. Les Frères Castigliani volent le très gros projet d'Adam, L'histoire de Sylvia North, dans lequel ils le poussent à engager Camilla Rhodes pour endosser le rôle principal, rôle que les plus grandes stars s'arrachent. Adam se révolte et s'oppose aux maffieux. Mais Camilla Rhodes est "la fille", celle qui doit jouer dans le film. Camilla porte les traits d'une jeune fille blonde et rayonnante, à l'image de Betty. Mais contrairement à Betty, qui dans la réalité n'existe pas, Camilla est bien réelle, comme nous le verrons plus tard dans cette analyse. Dans la scène suivante on retrouve Mr Roque, lequel ordonne de tout arrêter. Il s'agit de stopper le tournage de L'histoire de Sylvia North pour une durée indéterminée et de mettre Adam Kesher dans le pétrin.

Lynch casse une nouvelle fois la narration pour nous présenter Joe, le tueur à gage. Le personnage est crucial. Dans cette séquence emprunte d'un certain humour, Joe a pour mission de récupérer le fameux "livre noir", dont on ne sait rien. Il y parviendra, non sans encombres! Une scène décalée parfaitement inscrite dans la lignée de ce que le cinéaste sait faire de mieux. Un élément est assez troublant cependant. Au début de la séquence, Joe et Ed rient à propos d'un accident de voiture. On pense immédiatement à l'accident de Rita sur Mulholland Drive. Cette façon de passer d'une situation à une autre sans transition est assez caractéristique des rêves. Aussi, il peut y avoir comme des "échos", ce qui est sans doute le cas ici.

That's unheard of ... an accident like that ... who coulda foreseen that. . . . Joe: So, there it is ... Ed's famous black book. Ed: Yeah, the history of the world in phone numbers.

Nous retrouvons Rita et Betty. Rita ne sait en fait plus du tout qui elle est ni ce qu'elle faisait sur Mulholland Drive. Elle a en fait pris son prénom d'une affiche de Rita Hayworth, qu'elle a aperçu dans le miroir de la salle de bain: elle porte le nom de quelqu'un d'autre, comme une actrice, elle devient alors quelqu'un d'autre parce qu'elle n'est plus personne. Le fait de le voir dans un miroir est symbolique car elle ne devient que le reflet de quelqu'un qui a existé. Betty suppose alors que son identité doit se trouver dans son sac à main. Mais dans celui-ci elles découvrent des liasses de billets de banque et une mystérieuse clée bleue triangulaire surmontée d'une lune: il s'agit de la clé du rêve. Lorsqu'elles auront trouvé ce qu'elle ouvre, le rêve s'arrêtera. Il faut à présent mener l'enquête et découvrir l'identité de Rita.

Rita: I'm not. I don't know what my name is. I don't know who I am!!

Le même lieu fait écho plusieurs fois: le café Winkie's. Betty et Rita s'y retrouvent après avoir passé un coup de fil anonyme à la police pour s'assurer qu'il y a bien eu un accident sur Mulholland Drive le soir précédent. En voyant le prénom de la serveuse, Diane, Rita se souvient d'un nom: Diane Selwyn. Qui est-elle? Lynch nous oriente alors sur une mauvaise piste en nous faisant croire que Diane est sûrement le véritable prénom de Rita, ce qui n'est bien entendu pas le cas, comme nous le verrons plus loin. (La serveuse a la même coupe de cheveux à peu près que Betty, vous saisissez?) Et en effet, Rita ne reconnaît pas sa voix sur le répondeur de Diane. Le soir, une inquiétante voyante, Louis Bonner, se présente à la porte de l'appartement de Betty. Celle-ci dit que quelqu'un a des ennuis. Elle parle de Rita et ne reconnaît pas Betty, la nièce de Ruth.

Louis Bonner: Someone is in trouble. Who are you? Why are you in Ruth's apartment? Betty: I'm her niece. She's letting me stay here. My name is Betty. Louis: No it isn't. That's not it. That's not what she said. Something bad's happening. Where's Ruth?

L'une des scènes les plus mystérieuses du film. Adam Kesher, cocu, humilié et ruiné (par la faute de la maffia), doit rencontrer celui qu'on appelle le cow-boy, au bout d'une route sombre. On retrouve alors l'un des éléments récurrents du cinéma lynchéen: l'ampoule qui grésille et qui annonce quelque chose d'étrange. L'ampoule est surmontée d'une tête de mort. Le cow boy semble connaître beaucoup de choses sur Adam. De plus, il parle par énigme. Voici un exemple du dialogue (en français):

Cow-Boy: Une cariole a combien de conducteur? Adam: Un seul. Cow-Boy: Imaginons que c'est moi qui conduit la cariole et que si tu n'en fais qu'à ta tête, tu seras du voyage.

Pour moi le cow-boy est l'incarnation de la mort. Elle prévient Adam que s'il n'accèpte pas de faire jouer Camilla Rhodes dans son film comme le veut la maffia, il va mourrir. La fin du dialogue le confirme:

Cow-Boy: Tu me reverras une seule fois si t'es sage. Tu me verras deux fois si t'es pas sage.

Adam n'est plus le maître du projet, le choix de la vedette de son film ne dépend plus de lui. C'est une question de vie ou de mort! A la fin de la conversation, l'ampoule s'éteint et le cow-boy disparaît.

"Bienvenue à Hollywood!" Betty se rend à l'audition organisée par Bob Brooker et joue la scène à la perfection, jusqu'à en troubler son partenaire masculin. Naomi Watts crève l'écran et son personnage devient ce dont elle a toujours rêver, une future actrice prometteuse. Le cinéaste Bob Brooker a un rôle très effacé, il ne parle presque pas. Il est entouré d'une bande de ringards, des figures typiques d'Hollywood, libidineuses et hypocrites, des gens étranges. Parmi eux, un couple lesbien composé de Nikki et son assistance Cynthia arrachent Betty des mains de Wally Brown et Woody Katz en lui disant qu'elle vaut mieux que ça. Nikki révèle a Betty qu'elle a quitté Wally, sous-entendu pour aller avec Cynthia: dans le rêve les femmes mènent le jeu, comme une revanche sur le sexe opposé. Lorsque Betty aperçoit Adam pour la première fois (au moment où il auditionne la fameuse Camilla Rhodes), il tombe amoureux au premier regard. Mais Betty l'abandonne pour rejoindre Rita qui l'attend dehors. L'homosexualité prime sur l'hétérosexualité (dans le rêve, car ce n'est pas le cas dans la réalité, comme nous le verrons plus loin dans la grille de lecture). Au même moment, Adam est contraint de dire "C'est la fille" ("It is the girl") afin d'engager Camilla Rhodes dans L'histoire de Sylvia North.

Betty et Rita, nos deux investigatrices, se rendent chez Diane Selwyn, dans son appartement de Sierra Bonita, qui n'est donc pas Rita mais bien quelqu'un d'autre. Elles y trouvent une femme allongée dans la position du foetus, au visage déformé par la peur et la mort. Les draps du lit sont rouges comme ceux du générique: le puzzle commence à prendre forme. Notons que le corps semble être celui de Rita (cheveux bruns). Dans cette séquence, la réalité pénètre dans le rêve. Un élément de la réalité a trouvé une voie pour s'exprimer dans le rêve, une faille. Et cette faille est le nom de Diane Selwyn, qui existe dans le monde réel. Mais qui est-elle? Pourquoi Rita s'en souvient-elle? De retour à l'appartement, Rita enfile une perruque blonde et Betty dit: "on dirait quelqu'un d'autre". Rita devient alors l'égale de Betty. Le même soir, Betty et Rita vivent une nuit d'amour d'une grande douceur. Rita remercie son amie pour tout ce qu'elle a fait pour elle. Aussi, elle lui avoue être amoureuse ("I'm in love with you"). Ces mots auront une importance capitale pour la suite de l'histoire.

Nous voici arrivé à la scène charnière du film.

Rita se réveille en pleine nuit en prononçant "Silencio! Silencio! No hay banda (il n'y a pas d'orchestre)" et prend une décision pour la première fois. Elles doivent aller dans un Night Club, pour une raison inconnue. Elles traversent Los Angeles de nuit et atteignent leur destination. Sur scène, un homme se produit au cours d'un étrange spectacle:

"No hay banda! Il n'y a pas d'orchestre et pourtant on en entend un. Tout est enregistré. Ce n'est qu'une bande. Ce n'est qu'une illusion!"

Betty soudain s'agite sur son siège, comme prise par de violents tremblements. Elle semble réaliser et comprendre quelque chose. Puis une chanteuse entre sur scène pour le meilleur passage du film. En plein milieu de sa chanson, elle s'écroule alors que son chant continue, en play back. C'était une illusion, ce n'était pas la réalité. David Lynch fait preuve de génie. Il s'agit réellement de la meilleure scène tout film confondu de ces dernières années. Du génie pur et dur. Betty et Rita réalisent qu'elles ne sont qu'une illusion de leurs réelles personnalités. Il n'y a pas d'orchestre et pourtant on en entend un! Ce n'est pas parce qu'on voit les choses qu'elles existent forcément. Et comment faire la différence entre le rêve et la réalité? C'est toute la problématique de ce film! Le rêve, c'est la poudre aux yeux de la vie de Hollywood, cette vie de star, the "american dream"! Rita et Betty découvrent une mystérieuse petite boîte bleue, qui s'ouvre avec la clé du rêve. Avant même que Rita ne l'ouvre, Betty disparaît, elle est sur le point de se réveiller.

Cowboy: Hey, pretty girl...time to wake up.

Bon, là il faut s'accrocher, ça devient compliqué.

Nous revoilà dans l'appartement de Diane. Betty se lève, mais ce n'est pas Betty. C'est Diane Selwyn! Betty était son identité dans le rêve. Dans la réalité, elle s'appelle Diane. Diane a une mine plus sévère, elle est moins radieuse que Betty. Elle se fait un café, et croit voir Rita, dont elle est amoureuse. Mais ce n'est que son fantôme à ce moment de l'histoire. Ce pourquoi Lynch nous dit de faire attention à la tasse à café: il est le signe d'un flash back. D'un coup, Diane n'est plus en peignoire mais en short et Rita se trouve à moitié nue sur le divan. Lynch n'épargne rien au spectateur car sitôt entré dans un autre monde, il fait un retour en arrière! Un retour dans le temps qui nous explique ce qui s'est réellement passé entre les deux héroines. Et l'histoire est réécrite en fait en son contraire, en négatif. C'est ce que nous allons voir. Tout d'abord, Rita n'existe pas non plus, car elle est en fait Camilla Rhodes, celle qui n'a pas réussi que grâce à son talent, mais qui a été engagé par Adam sous la pression des maffieux! Lors de la scène érotique entre Diane/Betty et Camilla/Rita, cette dernière demande à Diane de stopper leur relation (contrairement au rêve, où Betty abandonne Adam pour Rita). Diane tente alors de la violer. Une scène d'amour qui se passe mal et qui est emprunte de violence, tout le contraire de la scène d'amour rêvée par Diane! Diane lance alors: "C'est à cause de LUI, hein?"

Le LUI en question, c'est Bob Brooker (Adam Kesher dans le rêve), le réalisateur de L'histoire de Sylvia North. Dans cette scène (voir photo), il séduit Camilla sous les yeux de Diane, qui est amoureuse d'elle. Dans son rêve, Diane tombait amoureuse de Bob, mais l'abandonnait au profit de Camilla. Dans la réalité, Camilla tombe amoureuse de Bob (ou peut-être pas, peut-être joue-t-elle la comédie). Ainsi Camilla sera encore mieux acceptée dans le milieu hollywoodien, une actrice qui épouse le metteur en scène, comme David Lynch avec Isabella Rossellini. L'hétérosexualité prime sur l'homosexualité. Dans la réalité, la relation entre Diane et Camilla sera certainement restée dans l'ombre, comme honteuse. Diane va de désillusions en désillusions, de défaite en défaite, elle meurt à petit feu dans ce flash back. Premièrement elle se fait voler le rôle de Sylvia North dont elle rêvait par Camilla. Deuxièmement, elle est trahie par celle qu'elle aime. Diane doit non seulement enterrer son rêve de devenir une star, mais aussi sa vie sentimentale.

Le flash back continue. On retrouve l'abat-jour rouge de Diane et Camilla au téléphone, qui l'invite à une soirée chez Bob Brooker, sur Mulholland Drive. Mais cette fois, pas d'accident. Camilla la prend par la main, Diane est aux anges. Un bonheur de courte durée car à peine arrivée, Bob trinque à l'amour avec Camilla. La mère de Bob (Coco, la propriétaire de l'appartement de Tante Ruth dans le rêve) ne la salue même pas et la méprise toute la soirée, comme pour dire qu'elle ne fait pas partie de la même sphère. Diane est ensuite humilée lorsqu'une femme (Camilla Rhodes dans le rêve!) vient embrasser Camilla sous ses yeux, puis lorsque Bob, hilare, annonce qu'il va se marier avec elle. Diane craque. Il y a donc bien eu un accident sur Mulholland Drive, mais c'est un euphémisme car il s'agit d'un véritable traumatisme. D'ailleurs Lynch le montre très bien en reproduisant la séquence de la voiture à l'identique, la même que dans le générique (même ambiance pesante, même musique, même réplique de Diane "Mais que faites-vous? On ne s'arrête pas là!") Dans son rêve, Diane a réécrit l'histoire, un travail onirique qui se devait de correspondre à l'idéal hollywoodien de Diane Selwyn. Dans le rêve, tous les ingrédients étaient réunis pour que leur histoire d'amour fonctionne. Dans le rêve, Camilla est passive, alors qu'elle est sûre d'elle dans la réalité, sûre de son charme, souveraine, dominatrice, manipulatrice. Tout s'est donc déroulé à l'envers: Diane est malheureuse et Betty est radieuse, etc. Dans le rêve, Camilla fait ce qu'elle n'a jamais fait dans la réalité: la valoriser, lui dire qu'elle l'aime.

La rupture entre le rêve idyllique et la triste réalité se fait au moment du club appelé SILENCIO, parce que justement l'un des problèmes du couple dans la réalité a été un silence soutenu en tout ce qui concernait leur amour. Et c'était réciproque, aucune des deux n'a osé avouer à l'autre qu'elle l'aimait. La signification de l'ensemble commence à se faire jour lorsqu'on considère la chanson chantée par fausse Camilla Rhodes dans le rêve lors de l'audition d'Adam:

" I told every little star, just as sweet I think you are, Why haven't I told you ? " (" J'ai dit à toutes les étoiles à quel point je te trouve adorable Pourquoi ne te l'ai-je pas dit à toi ? ")

" Friends ask me : am I in love ? I always answer Yes Might as well confess If the answer's yes" (" Mes amis me demandent si je suis amoureuse Je leur réponds toujours oui Autant le leur avouer Si la réponse est oui ")

" Maybe you may know it too, oh my darling if you do, Why haven't you told me ? " (" Peut-être que toi aussi tu le sais, oh mon amour si c'est le cas, Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ? ")

En rêvant qu'une Camilla Rhodes lui dise ceci, Diane peut lire en substance que si Camilla ne lui a jamais dit qu'elle l'aimait, c'est par timidité, mais elle l'aime quand même.

Nous revoilà dans le Winkie's avec la serveuse qui s'appelle... Betty. Le rêve n'a fait que de mettre dans un ordre différent tous les personnages rencontrés et lieux traversés par Diane le jour précédent. Elle aperçoit donc Dan l'homme au cauchemar, Betty la serveuse a qui elle empruntera son prénom, le cow boy (qu'elle voit dans la scène de la fête chez Bob), le maffieux à l'expresso, la blonde qui endossera le rôle de Camilla, le tueur à gage, etc... C'est à ce dernier qu'elle demandera de tuer Camilla, rongée par la jalousie et la colère. Elle lui donne une photo en disant la fameuse phrase du rêve: "It is the girl". Puis le tueur lui dit qu'elle trouvera la clé bleue à l'endroit convenu. La clé bleue est la copie de celle du rêve, mais elle n'ouvre pas la boîte bleue (le rêve), elle ouvre la porte aux hallucinations et aux cauchemars.

Note: Diane ressemble dans cette scène à la prostituée à qui s'adresse le tueur dans le rêve. Il lui demande s'il n'a pas vu une nouvelle fille sur le trottoir... brune... un peu amochée...

A l'aide d'un gros plan sur la tasse à café de Diane, Lynch nous signale la fin du retour en arrière. La voilà à nouveau en peignoire, la mine triste, les yeux cernés. La clé bleue est sur la table basse, ce qui signifie que Camilla est morte. L'homme derrière Winkie's manipule la boîte bleue du rêve, la jète, les hallucinations s'en échappent. Il s'agit bien de l'imaginaire de Diane et de sa folie. Rongée par la culpabilité et le remord d'avoir donné la mort à celle qu'elle aime, elle se suicide d'une balle dans la tête.

Lynch nous a raconté avec ce film une merveilleuse histoire de deux destins brisés d'Hollywood, où le rêve américain n'a pas pris. Une critique du monde du cinéma et des hautes sphères mondaines, un microcosme absurde, une bulle bien à part, où côtoyer des gens étranges est monnaie courante. Los Angeles est bien un lieu où l'imaginaire rejoint la réalité, un aimant à illusions, où tout devient possible et Mulholland Drive, cette route mystérieuse en est l'éblouissante incarnation. Le cinéaste brise les règles narratives et construit une oeuvre unique où plusieurs interprétations sont possibles. Il n'en reste pas moins encore des points noirs, des mystères même pour Lynch lui-même, et c'est ce qui est fait un film éternel, indémodable, hors temps, comme tous les chef-d'oeuvres. Un long métrage très puissant, d'une rareté extrême (je ne me souviens pas avoir vu film aussi bon depuis) et d'une emprise totale.

SILENCIO!

LE PROJET BLAIR WITCH: (...rires d'enfants dans l'obscurité de la forêt...) (1999)

blair witch

Une presque expérience qui refuse toute mise en scène pour un traitement documentaire et qui fait vraiment peur si l'on accèpte de se jeter à l'eau. (14/20)

Voilà dix ans est né l'ancêtre du genre. Si Daniel Myrick et Eduardo Sanchez ont révolutionné quelque chose, c'est bien au niveau du marketing. Car il fut une époque parfaite où regarder ce film nous aurait plongé dans un tel état d'horreur que le sommeil nous aurait été privé pendant longtemps. Je parle de la période où la confusion régnait au sujet de l'authenticité ou non du film, d'abord étiquetté comme étant un "documentaire". Grace à ce nouveau média qu'était internet à l'époque, les réalisateurs ont fait preuve d'un coup de génie. Réalité ou fiction? Les images sont réelles ou pas? On veut nous faire croire que c'est réel? En tout cas, je pense que ceux qui l'ont vu sans savoir que c'est une fiction (en Amérique), ont eu les chocottes de leur vie, c'est certain. Voilà ce qu'ils ont révolutionné. Depuis, un film ne se passe plus d'internet pour promouvoir sa sortie! Et si l'on se laisse aller sans réfléchir, le film peut faire peur. Et même très peur. Ce qu'il y a de remarquable c'est que la peur est la plus primaire possible, elle repose sur des images où l'on ne voit presque rien, c'est flou, sur des sons et des bruits lointains, rien n'est clair, des cris, des secousses, des visages effrayés. Car oui, on ne voit rien, et cela n'est en aucun cas un argument pour descendre le film, c'est même une remarque avantageuse pour lui. Rien de plus complexe que de faire sourdre le sentiment de peur. Mais le film y parvient, avec sa forêt inquiétante et ses rires d'enfants maudits. Aussi les relations entre les trois personnages qui se dégradent au fur et à mesure sont très bien rendues. Et dire que les acteurs ont improvisé! On pourra cependant regretter les excès lacrymaux d'Heather Donahue et une fin des plus étrange. Quoique la fin ne fait qu'attiser la curiosité sur le film, ce qui est plutôt une bonne chose lorsqu'on y réfléchit. De multiples interprêtations fleurissent sur le web! Allez jeter un coup d'oeil!

OSS 117 - RIO NE REPOND PLUS: kiss my ass! (2009)

oss 117

Une comédie de luxe, avec un vrai scénario et une vraie aventure. (13/20)

Hubert Bonisseur de la Bath, ou 0SS 117 (ou encore Agent Double Un Sept), est un agent secret très chanceux qui réussit ses missions malgré lui, un peu comme l'Inspecteur Gadget. Macho, raciste, auteur d'une multitude de blagues plus idiotes les unes que les autres, il parcourt le monde avec une classe sans pareil. Ce nouvel opus, très réussi, nous embarque dans une aventure encore très exotique, des chalets suisses de Gstaad jusqu'aux méandres de la forêt amazonienne, pour finir au sommet du Christ de Corcovado. L'histoire, bien qu'un chouia trop classique, est bien construite et on reste accroché du début à la fin. Comparativement au premier volet, le film de 2009 est plus équilibré et moins inégal. L'ensemble est donc de qualité suffisante pour nous faire passer un bon moment en compagnie de cet agent des services secrets français pas comme les autres. Jean Dujardin est définitivement né pour ce rôle qui lui colle littéralement à la peau. Son interprétation est parfaite. Très esthétique, la mise en scène de Michel Hazanavicius est efficace. Les dialogues sont encore plus hilarants que ceux du premier OSS, pour peu que l'on soit un minimum sensible à ce type d'humour, qui repose essentiellement sur des situations, des décalages et des jeux de mots. Ce n'est pas l'humour le plus populaire et le film ne fera pas rire tout le monde. Vers la fin, on a même droit à un semblant de réflexion sur la diversité des hommes. "Les nazis ne sont-ils pas d'abord des hommes? N'avons-nous pas des yeux? N'avons-nous pas des mains?" Et à OSS 117 de répondre: "c'est beau, mais c'est terrifiant à la fois".

EVIL DEAD: Pitiiiiééééééé.... (1983)

evil dead

Défoulement jouissif gore, du grand cinéma d'horreur comme on en fait plus! (16/20)

Evil Dead est le premier film du réalisateur américain Sam Raimi. Fort d'un succès inattendu, il enfanta deux suites plus délirantes mettant en exergue le côté comique déjà présent dans ce premier volet. Car cet Evil Dead fout tout de même les pétoches. Il faut dire que la caméra inventive de Raimi, tout juste âgé de 20 ans (!), en est pour beaucoup. L'atmosphère prend son temps pour s'installer, mais une fois qu'on la sent, elle ne nous lache plus. Bon, le scénario est quelque peu naif et le comportement des personnages n'est pas toujours cohérent (quelle étrange idée que celle de vouloir passer des vacances dans une maison abandonnée dans une sombre et inquiétante forêt), mais le résultat se veut jouissif, tant pis, on se laisse aller, c'est ça aussi le cinéma, croire des choses impossibles, irréalistes, le cinéma nous permet de cauchemarder et Evil Dead est un bon shoot. Film culte dès sa sortie aux Etats Unis, Evil Dead n'est pas à proprement parlé une expérience cinématographique, mais un film qui se vit sur le moment, comme un pur moment de plaisir, comme on allumerait une cigarette. Il doit cette réputation à une violence exacerbée et non justifiée, jusqu'à en devenir vomitif. Raimi en fait des tonnes et le pire, c'est que ça fonctionne. Ca fonctionne même si bien que l'on est surpris aujourd'hui qu'un film aussi "ancien" fasse encore son petit effet. Car le regarder seul le soir dans le noir est un tour de force! Même si c'est assez comique, on rit parfois, ça fout les boules. Un passage obligé pour tous les amateurs d'horreur en somme. C'est affolant de constater combien ce type de film est rare de nos jours, avec des cinéastes qui osent aller au bout de leurs idées. Raimi était jeune, c'est un cinéma jeune, et ça se sent tout au long de la projection. Tourné en presque trois ans, avec trois bouts de ficelle et avec une bande copains (Raimi connaissait Campbell depuis le Lycée), le film mélange de savants ingrédients, digestes ou moins digestes, qui font sa particularité. D'abord par les nombreux effets spéciaux utilisés: animation image par image pour la décomposition des cadavres, incrustation d'images sur des plans déjà tournés (l'attaque des arbres), des moulages en latex pour les têtes insupportables des zombies, j'en passe et des meilleurs. les effets en quelque peu vieillis mais gardent un certain impact, un certain charme. Ensuite par la diversité des angles de vue permis par la mise au point de techniques "maison", une caméra tout le temps en mouvement, plongées, contre-plongées, images inversées, etc... Et enfin par la singularité du personnage de Ash, unique en son genre dans l'histoire du cinéma, véritable héros tueur de zombie, toujours armé de sa fidèle tronçonneuse (qui sera d'ailleurs greffée à son bras dans Evil Dead 3). Le long métrage nous offre sur un plateau une quantité impressionnante de scènes glauques et gores, devenues cultes aujourd'hui. Ah la scène où la fille se fait violer par les branches d'un arbre... A déguster sans aucune modération!

JUSQU'EN ENFER: Crève, vieille peau! (2009)

jusqu'en enfer

Un Sam Raimi plaisant mais un peu fade et formaté, victime d’une autocensure flagrante. (12/20)

Après la trilogie (inégale) des Spiderman, Sam Raimi se permet de revenir à ses premières amours avec Jusqu’en Enfer, une œuvre qui conjugue humour et horreur pure. Il s’agit d’un retour aux sources tout relatif car on est encore loin, malgré les qualités indéniables de ce film, d’un Evil Dead. Après un prologue violent à souhait qui nous plonge dans l’univers de la magie noire et des possessions démoniaques, le brave Sam nous conte l’histoire de Christie Brown, une spécialiste en crédit immobilier, qui prend la décision de ne pas accorder un crédit supplémentaire à une vieille dame, Madame Ganush. Cette dernière lui jette alors un sort : pendant trois jours, un démon, le Lamia, va la tourmenter jours et nuits, avant de la plonger dans les flammes de l’enfer… Et la fin, bien que plus ou moins prévisible, ne répond heureusement pas aux codes américains du genre. Malheureusement, on sent que par moment, Sam Raimi s’autocensure, n’allant pas vraiment jusqu’au bout de ses idées. Résultat : le long métrage est un film d’horreur édulcoré, « light », familial. Dommage. Autrement, l’interprétation et la mise en scène sont correctes. On regrettera l’utilisation abusive d’effets sonores pour faire sursauter les spectateurs. Bref, l’ensemble est plaisant, mais laisse une triste sensation d’inachevé. On se fera plutôt un bon Evil Dead pour la énième fois, dans le noir et le son à pleine puissance…

NEUILLY SA MERE: ce cinéma-là, tu l'aimes ou tu le quittes! (2009)

Neuilly sa mère

Une comédie familiale agréable. (11/20)

Le concept est intéressant : un enfant de banlieue, la « cité » comme on l’appelle ou encore la « téci » pour les initiés, se retrouve en plein cœur de Neuilly, « la ville de Sarkozy ». Les premières minutes sont drôles, le prologue est bien foutu. Les seconds rôles sont savoureux (Josiane Balasko, Valérie Lemercier, Armelle, Olivier Baroux, François-Xavier Demaison, Elie Semoun, Pierre Menez, entre autre...) et on adhère facilement à la petite aventure qui nous est proposé. Bien évidemment, c’est blindé de clichés. Malheureusement, cela ne tient pas sur la longueur et le film sombre finalement dans la comédie banale, déjà-vu, conventionnelle, et le petit Samy, pour qui il n’était absolument pas question de mettre les pieds à Neuilly se retrouve à y poursuivre sa scolarité l’année suivante.
Mais bon, à la limite, on s’en fout un peu, ce long n’a pas la prétention de révolutionner le genre ou encore de satisfaire le cinéphile spécialiste du cinéma polonais des années cinquante. On passe un agréable moment, et c’est ça l’essentiel. Point.

DOUTE: qui ne doute pas n'est pas humain (2009)

Doute

DOUTE est un bon film, assez inhabituel, qui concilie jeu d’acteurs de qualité avec une réflexion complexe et intéressante. (13/20)

Les faits narrés dans ce long métrage de John Patrick Shanley auraient pu être jugés peu originaux si leur traitement n’avait pas été si particulier. L’intérêt de ce film réside dans la réflexion philosophique qu’il propose. Evidemment l’interprétation de Meryl Streep/Phillip Seymour Hoffmann est à tomber et la mise en scène est plus que correcte. D’ailleurs, les intentions sont claires dès l’introduction : ce sera un film très dialogué et centré sur la psychologie, souvent mystérieuse, des personnages. Sœur Aloysius est persuadée, mais sans le moindre doute, que Père Flynn fait des avances à un garçon du collège. Certaine de cette accusation, elle va tout faire pour qu’il démissionne, quitte à mentir. Elle va inventer un mensonge, celui d’avoir fouillé dans le passé de cet homme d’église. Furieux et sans autre solution, ce dernier va abandonner. Mais alors que Sœur Aloysius a obtenu ce qu’elle voulait, elle va avouer douter maintenant… Cela peut sembler une anecdote tant l’histoire se résume vite. Si le doute est absent chez Sœur Aloysius jusqu’à la fin, il est présent chez le spectateur, à qui rien n’est montré, rien n’est prouvé. On n’a jamais la certitude de ce qu’on suppose. Souvent, on ne comprend donc pas l’attitude de cette Sœur qui ne doute pas. Moralité : sans le doute, on prend le risque de commettre des erreurs. Le doute est nécessaire pour alimenter une réflexion, bien qu’il puisse être aussi un frein.

PARANORMAL ACTIVITY: une arnaque qui vient de l'au-delà (2009)

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Un film peu original et répétitif, ce qui a pour effet de ne pas faire peur. Une vraie déception mais aussi un vrai coup de pub : à éviter. (05/20)

L’histoire est simple, elle se résume en deux lignes. Ce n’est pourtant habituellement pas cela qui en fait un mauvais film. Ici pourtant, la faiblesse narrative contribue à la mollesse de l’ensemble. Le long-métrage d'Oren Peli raconte l’histoire d’un couple de jeunes gens anonymes qui vivent dans une immense maison. Rapidement, évidemment, on comprend la présence de la caméra. Il s’agit de tenter de capter une présence d’outre-tombe, les manifestations d’un fantôme, le Horla des temps modernes. Ce qu’enregistrera la caméra n’est que très classique : bruits de pas, portes qui claquent, lumières qui s’allument sans raison, ombres furtives, traces de pas… On apprend également assez vite qu’en fait, ce n’est pas un fantôme qui hante la maison, mais un démon qui tente de posséder la jeune femme. On pense alors à l’Exorciste de William Friedkin et une séquence y fera même directement allusion. L’objectif du cinéaste était clair : faire monter la mayonnaise doucement, très doucement, par petites touches discrètes. En effet, durant les premières nuits, il ne se passe quasiment rien. Bon point, mais l’ennui est que cela ne fait pas franchement peur. La surprise passée des premières nuits, la répétition des plans fixes nocturnes annihile la moindre frousse. Jusqu’à la fin, où on s’attend inévitablement au pire. Seulement voilà, le dernier long plan séquence est aussi fade que le reste. Et lorsque l’écran de fin apparaît, c’est la déception qui domine. Là où Le Projet Blair Witch avait su créer un effet de surprise de par l’originalité de la mise en scène, Paranormal Activity ne renouvelle pas le genre, étant même peu crédible par moment (mais pourquoi, lors de ce dialogue, la personne filme ? Bizarre…). D’ailleurs on ne peut pas vraiment parler de mise en image, tant l’esthétisme est résolument nul. Là où Rec était davantage flippant grâce à des effets « pop-corn » à foison, Paranormal Activity préfère jouer sur l’ambiance et la tension, mais échoue dans cette tentative. Pour moi le chef d’œuvre du genre reste de loin Cloverfield, plus original, plus décoiffant, plus beau et tout aussi effrayant.

Ré-Ouverture de AmblingProd, anciennement Amblin7 sur Skyblog

Ce premier billet marque la réouverture de mon blog consacré à la critique de films et au cinéma. Merci de lire ces lignes et bienvenue. Que ce blog vive le plus longtemps possible. J'espère l'alimenter régulièrement. Bonne lecture.